Coup de tonnerre à Pomerol : Lafleur quitte l’AOC Pomerol
29.08.2025

C’est un séisme dans le microcosme feutré du Bordelais. Le mythique Château Lafleur, voisin de l’icône Petrus et l’une des propriétés les plus respectées de Pomerol, vient de jeter un pavé dans la mare : à partir du millésime 2025, ses vins ne porteront plus ni l’appellation Pomerol, ni l’appellation Bordeaux. Ils seront désormais commercialisés en toute simplicité sous la bannière Vin de France.
Une rébellion assumée
La famille Guinaudeau, propriétaire du domaine, l’affirme sans détour dans un courrier adressé à ses clients : les contraintes imposées par les cahiers des charges des AOC ne suivent pas la vitesse des bouleversements climatiques. « Notre climat change vite et fort (…) Nous devons nous adapter, réfléchir et concrètement agir », expliquent-ils. Traduction : les règles figées de l’appellation brident leur liberté de manœuvre, et Lafleur préfère sortir du cadre plutôt que de subir.
Un camouflet pour le système bordelais
Que l’un des plus grands noms de Pomerol claque la porte de l’AOC est plus qu’un symbole : c’est une remise en cause frontale d’un système que l’on croyait inébranlable. Depuis toujours, Bordeaux brandit ses appellations comme un gage suprême de qualité et d’authenticité. Mais voilà qu’un domaine, et non des moindres, choisit de se passer de ce sceau officiel pour affirmer sa propre identité. Un bras d’honneur poli mais cinglant au conservatisme bordelais.
Vers une révolution silencieuse ?
À Pomerol, où il n’existe aucune classification officielle (contrairement au Médoc ou à Saint-Émilion), ce choix radical résonne comme un défi. Il pose surtout une question dérangeante : et si demain d’autres grands noms suivaient la même voie ? Car derrière cette décision se cache une évidence que beaucoup n’osent pas affronter : le climat, les cépages, les goûts des consommateurs évoluent plus vite que les institutions.
Conclusion : la liberté ou l’étiquette
Avec ce coup de tonnerre, Lafleur s’offre une liberté totale, quitte à perdre l’aura rassurante des trois lettres magiques : AOC. Mais au fond, le vin ne se juge-t-il pas d’abord dans le verre plutôt que sur l’étiquette ? Bordeaux, bastion de la tradition, se retrouve face à son paradoxe : protéger son patrimoine ou laisser ses fleurons respirer. Lafleur, lui, a déjà choisi.