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Le vin, fils du travail

12.10.2020

La communication sur le vin a tendance à faire dans le romantique. On nous bombarde en permanence de messages qui nous expliquent que le vin est fils du soleil et de la terre. Selon les préceptes de ce marketing parfaitement huilé, le terroir serait tout. Et ferait tout...

Curieusement, les producteurs et négociants rechignent plutôt à l’idée d’associer le vin aux travaux et aux efforts des hommes, de peur que les consommateurs, grands romantiques, ne pensent à un processus industriel perçu comme négatif. Pourtant, la réalité est têtue. Le vin est aussi fils des hommes et des femmes. Le vin ne naît pas, il se fait. Le terroir est là, certes, mais il faut quelqu’un pour conduire les ceps, quelqu’un pour élever le vin et, surtout, quelqu’un pour acheter ce vin.

«Dans un passé lointain, les vignobles allemands et belges se sont lancés dans un projet qui ne répondait à aucun critère logique»

Mais il est une règle qui ne souffre aucune exception : les plus grands vins demandent d’énormes efforts supplémentaires de la part des producteurs et des investisseurs. La seule loi de la nature qui vaille, c’est que le vin devient bon quand le producteur y consacre beaucoup des ressources, d’intelligence et de patience. Il faut s’investir avec une vision.

Dans un passé lointain, les hommes qui ont créé les grands vignobles allemands et belges se sont lancés dans un projet qui ne répondait à aucun critère logique : les coûts de culture étaient très élevés et les aléas climatiques assez importants. Il fallait une volonté de tous les instants pour produire, ne fût-ce que trois années sur dix, des grands vins. Le vignoble du Médoc, lui, a été créé grâce à des investisseurs qui ont commencé par assécher des marais. Pour un économiste doué de raison, l’idée de créer des vignobles en Priorat, Valtellina ou Santorini paraît tout bonnement irrationnelle. Pourtant, les hommes qui l’ont fait étaient simplement des visionnaires.

Même dans les régions où les conditions climatiques sont plus favorables, le vin fin reste le fruit d’un labeur acharné. Les meilleurs Brunello, Barolo ou Rioja ne révèlent tout leur potentiel qu’après un élevage bien maîtrisé et un travail inlassable dans les vignes. Les soins infinis qu’il faut prodiguer, dans les vignobles comme dans les chais, aux grands Sauternes et autres Tokaji en sont la meilleure preuve. Les Xérès, Madère
et Port sont tous le résultat de méthodes de vinification particulièrement sophistiquées, faisant naître des profils aromatiques impossibles à détecter dans le vignoble.

Ces vins nous offrent une valeur ajoutée et un prestige, qui justifient à eux seuls tous ces efforts. Dans les régions les plus proches de la limite climatique acceptable pour la culture de la vigne, les propriétaires bénéficiaient en outre d’un accès aisé aux marchés du Nord de l’Europe, les vins fortifiés du Sud étant réputés pour leur capacité à supporter les long voyages. Avec l’arrivée du train et -plus tard- du camion, les transports sont devenus beaucoup moins chers et nettement plus efficaces. L’industrialisation a fait naître une classe urbaine qui s’est entichée de ces vins à prix accessibles. Les vins basiques du Sud ont conquis les marchés. Puis, la grande distribution et les marques ont pris la relève. Mais il y a toujours eu un public de connaisseurs un peu plus fortunés s’intéressant aux vins plus fins. La Bourgogne et la Champagne ont toujours gardé, malgré leur croissance, un négoce important.

Dans de nombreuses autres régions, les vins n’étaient pas suffisamment prestigieux pour justifier des prix élevés, mais leurs coûts de production les empêchaient de concurrencer les crus basiques du Sud. Ces régions ont diminué leur production, l’abandonnant parfois même complètement. La Belgique a ainsi délaissé ses vignobles lors de la première industrialisation. Aujourd’hui, nous redécouvrons le respect et le goût pour la production locale. De plus en plus de consommateurs sont disposés à payer plus cher pour quelque chose de proche. Un vin local ne doit plus nécessairement être compétitif. Il suffit qu’il soit bon et distingué. Et un nouvel espace se crée pour les vins des régions climatiquement marginales.

Cette évolution est une très belle opportunité pour les vins belges qui avaient une excellente réputation au Moyen Age, mais qui n’ont pas pu soutenir la concurrence quand le commerce international s’est généralisé. Il ne peut pas y avoir de vins belges bon marché, le climat et les conditions naturelles nous en empêchent. Mais on découvre un nombre croissant de vins belges d’une qualité remarquable et avec des profils nettement définis.

«Je suis convaincu que la Belgique deviendra, d’ici peu, un pays de référence pour des vins fins, avec un profil belge.»

Les premiers vins belges modernes, créés à partir d’hybrides, ont désormais été remplacés par des vins ambitieux, d’une qualité exponentielle. Certaines réussites magnifiques peuvent déjà faire de l’ombreà des vins plus réputés. Il faut continuer à s’investir, sélectionner les meilleurs cépages (pas nécessairement internationaux) et améliorer encore les méthodes culturales. Mais la base est là. Désormais, la priorité est que les producteurs belges s’organisent autour d’une stratégie visionnaire. Le pire, ce serait de revenir en arrière et de tirer la production vers le bas pour des raisons concurrentielles.

Je suis convaincu que la Belgique deviendra, d’ici peu, un pays de référence pour des vins fins, avec un profil belge.

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