Accises sur le vin et les spiritueux : à force de taxer, la Belgique pousse-t-elle ses consommateurs à franchir la frontière ?
28.09.2026

Il suffit parfois de quelques kilomètres pour comprendre l’absurdité d’un système. À quelques minutes de la frontière belge, certains vins et spiritueux affichent des écarts de prix suffisamment importants pour inciter des consommateurs à remplir leur coffre en France, au Luxembourg ou aux Pays-Bas. Et lorsque le consommateur traverse la frontière pour une bouteille, il y achète souvent aussi son fromage, son café ou son épicerie.
C’est précisément ce que dénonce Vinum Et Spiritus avec sa campagne « Gardons la valeur belge en Belgique ». Pour la fédération du secteur, les accises belges ne constituent plus seulement une taxe sur le produit : elles créent un handicap concurrentiel pour les commerces, les importateurs, les producteurs et l’Horeca belges. Selon les chiffres relayés par Vinum Et Spiritus, 708 millions d’euros auraient été dépensés par les Belges en alimentation et boissons à l’étranger en 2025, dont plus de 98 millions pour les boissons alcoolisées.
Mais derrière les statistiques, il y a surtout une réalité très concrète pour l’amateur de vin ou de spiritueux : pourquoi devrait-il accepter de payer nettement plus cher en Belgique pour un produit identique disponible à quelques kilomètres ? Le consommateur compare les prix, et on peut difficilement lui reprocher de défendre son pouvoir d’achat.
Vinum Et Spiritus a donc décidé de déplacer le débat sur le terrain. Après une lettre ouverte aux responsables politiques, la fédération a rencontré des consommateurs belges faisant leurs courses à Halluin, en France, et leur a proposé d’envoyer directement une carte postale aux décideurs. Une nouvelle étape doit maintenant mettre producteurs et responsables politiques face à face.
Le débat mérite mieux que des slogans. Une fiscalité élevée n’est réellement efficace que si elle atteint son objectif sans déplacer les achats de l’autre côté de la frontière. Car lorsqu’un Belge achète son vin en France, la Belgique ne perçoit pas davantage : elle perd simplement la transaction.
Pour les amateurs de vin et de spiritueux, la question mérite donc d’être posée sans tabou : jusqu’où peut-on augmenter la fiscalité avant qu’elle ne devienne contre-productive ? Défendre une consommation responsable n’empêche pas de défendre aussi un marché cohérent, des commerces belges compétitifs et le droit du consommateur à ne pas être considéré comme une simple variable fiscale.
La position de Vinum Et Spiritus se résume en quelques mots : gardons la valeur belge en Belgique.