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Madère, l’autre île du rhum

Par Baudouin Havaux 

06.11.2026

Connue dans le monde entier pour ses vins fortifiés, Madère possède un autre trésor, encore trop méconnu : son rhum agricole. À l’occasion du Spirits Selection by Concours Mondial de Bruxelles, organisé du 16 au 18 octobre 2026 sur l’île portugaise, découverte d’un spiritueux singulier, profondément enraciné dans cinq siècles d’histoire.

À Madère, la canne à sucre pousse entre l’océan et les montagnes, sur de petites parcelles accrochées aux pentes volcaniques. Loin des vastes plantations tropicales, sa culture relève presque de l’artisanat. Les récoltes se font encore manuellement, dans des conditions parfois particulièrement éprouvantes. C’est pourtant de ces terres escarpées que naît l’un des rhums les plus originaux d’Europe.

En accueillant la 28e édition du Spirits Selection by CMB, réunissant 106 dégustateurs de 38 pays autour de quelque 2.300 spiritueux, Madère a profité d’une formidable vitrine internationale pour mettre en lumière cette production confidentielle.

Une histoire qui remonte au XVe siècle
L’aventure commence vers 1425, lorsque les Portugais introduisent la canne à sucre sur l’île. Grâce à son climat subtropical et à ses sols volcaniques, Madère devient rapidement un centre majeur de production sucrière. Au XVe siècle, son sucre, alors considéré comme de l’or blanc, s’exporte vers les grandes cours européennes.

La concurrence brésilienne provoquera ensuite le déclin de cette activité. Mais la canne ne disparaîtra jamais complètement. Au XIXe siècle, sa culture connaît un nouvel essor, accompagnée du développement des distilleries d’eau-de-vie de canne.

Aujourd’hui, quelque 172 hectares lui sont consacrés, pour une production annuelle avoisinant 10.000 tonnes. Une filière modeste, mais qui revendique fièrement son identité.

Un authentique rhum agricole
Contrairement aux nombreux rhums élaborés à partir de mélasse, le Rum da Madeira est produit exclusivement par fermentation et distillation du jus frais de canne à sucre. Il s’agit du seul rhum agricole du Portugal, bénéficiant d’une indication géographique qui garantit notamment l’origine locale de sa matière première.
Après la récolte, généralement entre mars et mai, les cannes sont rapidement broyées afin d’en extraire le jus, appelé garapa. Celui-ci fermente pendant plusieurs jours avant d’être distillé.
Le résultat ? Des rhums blancs expressifs, aux accents végétaux, fruités et parfois minéraux, où la fraîcheur accompagne des notes de fruits tropicaux. Les versions vieillies, élevées au minimum trois ans en fûts de chêne, développent des arômes plus complexes de vanille, d’épices, de miel et de fruits secs.


Des distilleries entre patrimoine et modernité
À Porto da Cruz, sur la côte nord, les Engenhos do Norte incarnent cette mémoire industrielle. Fondée en 1927, cette distillerie utilise toujours des machines historiques, notamment un système fonctionnant à la vapeur. Un véritable témoignage vivant du passé sucrier de l’île.
À Calheta, la maison William Hinton illustre une autre dynamique : celle d’une renaissance portée par une nouvelle génération. Relancée en 2006, elle valorise notamment un ancien alambic à colonne hérité de la grande époque industrielle.
Plus confidentielle, la distillerie O Reizinho, fondée en 1982, s’est également imposée parmi les références locales. Son rhum blanc à 50° a d’ailleurs remporté la Grande Médaille d’Or et la distinction « Révélation Rhum de Madère » lors du Spirits Selection 2026. Une belle reconnaissance pour ce savoir-faire insulaire.

Un spiritueux qui affirme son identité
En 2025, près de 6.900 tonnes de canne ont été transformées pour produire du rhum de Madère. Les blancs représentent encore plus de 84 % des volumes embouteillés, mais les rhums vieillis gagnent en intérêt, notamment auprès des amateurs de spiritueux de caractère.

Sur l’île, le rhum accompagne également une tradition incontournable : la poncha, cocktail local à base d’eau-de-vie de canne, de miel et d’agrumes.

Le passage du Spirits Selection by CMB aura permis de rappeler que Madère n’est pas seulement une terre de grands vins. Derrière ses paysages spectaculaires se cache une véritable culture du rhum, à la croisée de l’histoire, du terroir et du savoir-faire artisanal.

Baudouin Havaux

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