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La spécificité des Vins belges

Par Baudouin Havaux 

08.12.2022

La sortie de la seconde édition du guide des vins belges est l’occasion d’apprécier l’évolution de notre secteur vitivinicole et de synthétiser les spécificités qui font la particularité du vignoble belge.

Le premier constat est que même si la Belgique peut compter sur un passé historique séculaire, la réactivation de la viticulture moderne est toute récente. Comparées aux multiples générations de vignerons qui se sont succédées dans les régions viticoles traditionnelles de la vieille Europe, la viticulture moderne belge âgée d’à peine 20 ans fait figure de nouveau-né. On fête cette année en Wallonie le vingtième anniversaire de la création du domaine des Agaises et du domaine du Chenoy. Le besoin d’éditer un guide des vins belges qui compte plus de 200 pages s’est imposé naturellment. La deuxième édition du guide a consacré 13 vins belges, primés de 5 étoiles, qui véritables ambassadeurs du savoir-faire de vos vignerons, illustrent la « succes story » de ce nouveau secteur économique enfin pris au sérieux. Qui l’eut cru il y une dizaine d’années ?

Un moteur de développements économiques

Cette nouvelle industrie absorbe chaque jour plus de main d’œuvre et suscite le développement d’activités dérivées. En quelques années, on a pu observer l’éclosion de centres techniques de formation de vitiviniculture, de laboratoires œnologiques, d’entreprises agricoles spécialisées, de distributeurs de matériel vinicole et œnologique, comme la  tonnellerie  Barwal, de négociants en vin spécialisés comme Oeno Belgium ou Popsss, d’un salon des vins belges ( Belgovino qui s’est tenu à Middelkerke ), d’édition de livres et de guides et aussi de projets œnotouristiques pour ne citer qu’eux. Difficile de mesurer à ce stade l’impact  économique direct et indirecte, mais une chose est certaine, c’est un secteur en pleine expansion.

Cépages interspécifiques versus cépages traditionnels

La Belgique est le laboratoire des cépages interspécifiques ( Régent, Solaris, etc.)  qui côtoient à part pratiquement égale les cépages traditionnels Vitis vinifera ( Chardonnay, Pinot Noir etc.). Les cépages interspécifiques appelés aussi cépages résistants, issus de croisements entre variétés européennes et espèces américaines ou asiatiques, sont nettement plus résistantes aux maladies et nécessitent donc moins de traitement. Un avantage qui permet d’atteindre plus facilement une conduite biologique du vignoble surtout sous les conditions climatiques pluvieuses de notre pays. Par contre le consommateur doit s’adapter aux arômes et saveurs de ces nouveaux cépages.
Les cépages traditionnels ont l’avantage d’être bien connus du consommateur qui peut facilement les identifier et les comparer avec ceux d’autres régions viticoles renommées. A ce jour avec le peu de recul dont nous disposons nul ne peut prédire lequel des deux camps a fait le choix cornélien le plus pertinent. Il est d’ailleurs possible que les deux options se côtoient encore pour de nombreuses décennies.

D’abord un pays de bulles

Pas de doute la Belgique est un pays de bulles. C’est en tout cas par l’élaboration de ses vins mousseux que la Belgique a acquis une reconnaissance internationale de pays vinicole. Les nombreuses médailles d’or, d’argent et même de grand or obtenues à l’aveugle lors de concours internationaux comme la Concours Mondial de Bruxelles en sont des preuves irréfutables. Le climat septentrionale de la Belgique se prêtant particulièrement à l’élaboration de vin faible en alcool, présentant une belle acidité et beaucoup de fraicheur a contribué au succès de nos bulles.  La première édition du guide n’avait porté sur la plus haute marche du podium exclusivement trois vins effervescents qui ont obtenu les cinq étoiles (Domaine Chant d’Éole, Vignoble des Agaises et Wijnkasteel Genoels-Elderen). Pour l’édition 2023, trois nouveaux mousseux ont rejoint les lauréats ( La cuvée Houben de Schorpion, le Brut de Brabant du Domaine W et l’Insoumise Brut de Vin de Liège).

Tirer profit du réchauffement climatique

Personne ne peut nier l’augmentation moyenne des températures à laquelle toute la planète paye un très lourd tribut. Contrairement aux agriculteurs du sud de l’Europe qui en sont victimes, les vignerons belges à la fois opportunistes et fatalistes tirent partis de cette adversité. L’extension de notre vignoble aurait été impossible il y a quelques dizaines d’années et jamais nos vignerons n’auraient récoltés de baies à bonne maturité. Ce qui attire aussi l’attention du classement du Guide des Vins Belges, c’est que pour la première fois des vins rouges, blancs et moelleux ont également obtenus 5 étoiles. L’élaboration de vins tranquilles requière une récolte de raisin à plus forte concentration de sucre, permettant d’attendre au moins 12% d’alcool pour les blancs et les rosés et 13% pour les rouges. Cinq vins blancs, deux rouges et un moelleux  ont été consacrés avec 5 étoiles : En blanc : Brin de Paille du domaine du Ry d’Argent, la Cuvée Evasion du domaine Côteaux des Avelines, l’Auxerois du Wijndomein Oud Conynsbergh, Terre de Charlot du Château Bioul et Waes Goud du Wijndomein Waes. En rouge le Charles pinot noir d’Aldeneyck et le magnifique Paradis des Chevaux de Vin de Liège.

Ce qui est rare est cher

Force est de constater que les vins belges sont rarement bon marché. Et pourtant même à ces prix relativement élevés l’offre ne suffit pas à satisfaire la demande, majoritairement de consommateurs belges désireux de déguster local. Les stocks sont inexistants, les vins contingentés et les listes d’attentes infinies ( Les nouveaux clients de Ruffus doivent attendre cinq longues années avant d’espérer pouvoir acheter quelques bouteilles). Il faut aussi tenir compte que les coûts de productions en Belgique sont chers. Les rendements sont faibles. Les investissements financiers sont énormes entre l’acquisition du foncier ( entre 50.000 et 100.000€/ha.), la plantation ( minimum 30.000€ /ha.), la construction du chai, l’achat du matériel agricole, des cuves, des pressoirs, des fûts, et autres  matériels œnologiques. La main-d’œuvre n’est pas bon marché. Sans perdre de vue que le délai entre le moment des investissements et les premiers retours financiers est de plusieurs années. Les premières récoltes sont attendues après la troisième année et encore en quantités limitées. Sans compter que le vigneron est toujours sujet aux aléas climatiques plutôt capricieux qui impactent directement la rentabilité du projet.

Financements alternatifs

Plus que les conditions climatiques, le financement des vignobles en Belgique est problématique. Les besoins financiers sont conséquents et la sous-capitalisation est un phénomène courant dans la filière viticole. Les banques par nature allergiques aux risques sont assez frileuses. Pour lancer un projet viticole il faut avoir les moyens. Ce sont des investisseurs privés plutôt à l’aise qui ont une vision à très long terme qui investissent pour les générations à venir. Des projets oenotouristiques sont souvent développés en parallèle  pour assurer un revenu régulier.
D’autre part, on observe aussi que de nombreux projets sont à l’initiative d’agriculteurs à la recherche de reconversion. Ils tirent avantages de leur connaissance du secteur agricole, ils ne doivent pas investir dans le foncier et ils disposent déjà de matériel agricole, de main-d’œuvre et souvent de locaux pouvant servir de chai. On observe que de nombreux fruiticulteurs ont rejoint le rangs des vignerons.
Pour les vignerons qui ne disposent pas d’un capital de départ suffisant, ou d’une exploitation agricole, l’instrument financier dont la Belgique est leader dans le milieu vinicole, est la crowfunding. Il  permet de collecter des fonds auprès d’un grand nombre d’investisseurs. Différents types de financement ont vu le jour en Belgique : Par dons ( Il faut avoir des amis ou une famille généreux), par l’octroi de privilèges ( accès à des évènements exclusifs, mise à disposition de l’infrastructure, parrainage d’un rang de vigne, etc…), par préventes (vous achetez à l’avance des bouteilles qui vous seront livrées au cours des prochaines années). Il semble évident que le rendement émotionnel est plus important que le rendement financier.

 Un vignoble nouveaux sur l’ancien continent

Située dans la vieille Europe, on peut comparer le développement de la viticulture belge à celle du nouveau monde ( Chili, Nouvelle-Zélande, Californie, etc.). Contrairement aux régions vinicoles traditionnelles de la Bourgogne, de Bordeaux, de la Toscane ou de la Rioja, le vignoble belge ne peut compter ni sur l’expérience ancestrale ni sur la notoriété de ces prestigieux vignobles que tous envient et essayent de copier. A la fois une faiblesse et une force. N’ayant pas hérité naturellement de leur vignoble, la motivation et l’ imagination de nos vignerons est décuplée, ils ont tout à prouver et n’ont pas droit à l’erreur. Ce n’est pas la notoriété d’une Appellation Contrôlée qui les aidera à vendre leur vin. De nombreux domaines belges ont d’ailleurs refusé de s’intégrer dans la logique des appellations développées chacunes de leur côté par la région wallonne et flamande. Une démarche qui n’apporte que des contraintes, des coûts et très peu d’avantages. En effet quelle est la valeur ajoutée de pouvoir imprimer sur son étiquette «  Côtes de Sambre et Meuse » ou « Vin de Pays des jardins de Wallonie ». « Made in Belgium « étant suffisamment porteur.

Quelques chiffres :

Selon les chiffres du SPF économique, qui ne comptabilise que les déclarations de récolte et ne tient pas compte des nouvelles plantations, la Belgique comptait en 2021 :

–       237 viticulteurs.
–       Une production de 1,359 million de litres (-26% par rapport à 2020 en raison de mauvaises conditions climatiques).
–       691 ha. ( 378 ha. en Flandre et 318 ha. en Wallonie).
–       Une production de 610.993 litres de mousseux ( dont 305.240 litres provenant du Hainaut).

D’après nos estimations, on peut raisonnablement espérer pouvoir fêter l’année prochaine (en 2023) la plantation du millième hectare belge.

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