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Nouvelle-Zélande, des vins aux antipodes

22.11.2022

l y a 30 ans, la Nouvelle-Zélande n'existait pas sur la carte mondiale des vins fins. Aujourd'hui, c'est le pays qui exporte, et beaucoup, au prix moyen le plus élevé du monde. Les bases du succès des kiwis, comme ils aiment être appelés, sont claires: qualité moyenne irréprochable, image de pays élevée, types de vin très bien définis, grande cohérence.

Tout cela a été réalisé dans un contexte de marché totalement libre: ni subventions, ni droits de plantation, ni appellations d’origine, ni interprofessionnelles. Il existe une seule entité équivalente à une AOP, Gimblett Gravels, qui est la seule dénomination privée (!) du monde. Les Néo-Zélandais y sont parvenus avec beaucoup de préparation, des investissements conséquents et, surtout, avec un esprit que me remplit d’admiration pour leur pays : le concept de communauté. Partout dans le pays, les producteurs coopèrent les uns avec les autres. Ils ont une idée très claire: peu importe leur succès, s’ils travaillaient seuls, ils finiraient par disparaître. Bien que, vis-à-vis des acheteurs, les entreprises se font concurrence, les producteurs savent que le prestige de leurs lieux d’origine est le moyen le plus sûr et le moins cher d’établir le prestige de leurs marques. Entre eux, il y a certes des batailles, mais jamais une guerre qui compromette leurs territoires.

En Nouvelle-Zélande, on peut planter ce que l’on veut. Il n’y a pas de règles concernant les variétés, les rendements ou les modes de production. Avec une telle liberté, on pourrait s’attendre à une cacophonie de styles et de noms d’origine, comme cela se produit parfois en Europe malgré le grand nombre d’institutions veillant à garder (disent-ils) la tradition et les usages loyaux et locaux. Pourtant, on trouve une cohérence impressionnante.

Les vins de la région de Hawke’s Bay, par exemple, sont presque synonyme de Syrah délicates, de couleur presque pâle et d’une précision aromatique remarquable, avec une teneur en alcool modérée, des textures suaves et, surtout, une typicité bien marquée. Avec un peu de pratique, il n’est pas difficile de signaler une Syrah de Hawke’s Bay à l’aveugle. Certains pourraient objecter que c’est ce que leur terroir donne, mais quand on visite la région, on s’aperçoit de sa grande diversité des sols et des expositions ainsi que la capacité implicite à donner de nombreux types de vins différents que le climat relativement clément permet.

Les facteurs clés de la Syrah de Hawke’s Bay sont un marché qui rémunère un style de vin bien défini et une communauté qui travaille ensemble pour partager des expériences et échanger de l’aide, avec une grande motivation pour atteindre un niveau de qualité élevé. J’ai été étonné de constater à quel point les vignerons sont habitués à goûter les vins de leurs collègues et à visiter leurs caves, de l’absence de secrets entre eux, de la générosité d’admirer les succès du voisin.

Peu de vins de Hawke’s Bay sont disponibles sur notre marché, mais l’on peut quand même en retrouver quelques-uns. Je vous recommande en particulier les sélections de Craggy Range, et même les vins de base, car ils sont remarquables. La finesse de Stonecroft et Te Awanga est vraiment classique, équivalente en termes de qualité à pas mal des vins de Côte Rotie et Saint-Joseph. Te Mata Estate et Esk Valley sont un peu plus concentrés, toujours dans un contexte de délicatesse, longs et profonds. Et encore Church RoadLa Collina et Trinity Hill méritent une reconnaissance pour leur qualité.

Il y a, bien sûr, d’autres styles de vin dans la région, puisque la liberté est loi là-bas. J’ai goûté de bons Pinot, Albariño, Chardonnay, Gewurztraminer, Viognier, Merlot, même un beau Gamay. Mais, dès que l’on connait la région, ce que vient en tête quand on évoque Hawke’s Bay est la Syrah.

Ce modèle est répété partout dans le pays. Waiheke est l’île pour le coupages bordelais, vins de chaleur, puissants ; Martinborough se distingue par ses Pinots noirs bien doués, parfois très complexes, toujours bien fruités. Marlborough  (photo du haut) est la région la plus connue, grâce leurs Sauvignons blancs très aromatiques, précis et équilibrés, avec une belle palette de qualités et de prix. Otago est la région à la mode, avec ses Pinots noirs pleins de grâce et de délicatesse, dignes concurrents de grand bourguignons et pourtant produits dans des sols et climats on ne peut plus différents.

  • Hawke's Bay - Wikimedia

Dans chacune de ces régions, les producteurs essaient souvent des vins alternatifs, mais toujours en gardant loyauté au le plus connu et, surtout, en maintenant un niveau qualitatif moyen assez élevé. La liberté est totale, mais l’intérêt est commun. C’est peut-être dû à un manque de passé, mais l’histoire est parfois un fardeau, pas nécessairement inévitable.

Les kiwis parlent toujours de terroir, des caractéristiques uniques de leurs sols, de particularités de leurs climats, des épopées des premières producteurs… Une approche un peu surprenante puisque la plupart de vignobles se trouvent dans les zones les plus faciles et rentables à cultiver. Peu de vignes sont encore plantées dans des pentes sur sols pauvres, et le concept de bas rendement dans le pays est encore très relatif par rapport à l’Europe. En fait, le pays a suffisamment de terres et une population assez disperse ; ils n’ont pas besoin d’utiliser leurs sols les plus fertiles pour les céréales. Ils ont donc trouvé des façons de produire quantité et qualité simultanément. Mais peu importe, le concept de terroir est très important là-bas, même si le pays est un nouveau-né dans le monde des vins fins.

Les Néo-Zélandais n’ont pas eu besoin de quelques siècles pour retrouver un style ; la science, la bonne formation et, surtout, l’esprit de communauté, que permet que l’acquis de connaissances complexes d’une façon plus efficace, ont fait le travail qui auparavant demandait des générations pour être accompli.

Ici les producteurs savent que les gens ne boivent pas des noms d’origine ou des étiquettes, mais des vins. L’origine est importante quand le consommateur l’associe à un plaisir, celui de boire le vin auquel on s’attend, et une qualité, celui de boire quelque chose de différencié, quelque chose que seule cette origine peut donner. C’est pourquoi ils associent leurs noms à des styles de vin spécifiques. Avec une telle approche, le consommateur peut avoir confiance dans le pays, ce qui à la fin est la chose la plus importante.

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