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Andorre, pays de vin

06.07.2020

Peu de gens associent Andorre avec le vin. Et pourtant, la Principauté réunit toutes les conditions pour la production de vins de qualité.

Tout d’abord, la latitude. Andorre est célèbre pour sa neige et son froid, mais sa latitude est bien inférieure à celle de la Suisse, elle est en effet située à la même latitude que Chianti en Toscane. En plein cœur des Pyrénées, le pays est un immense paysage montagneux, avec une altitude minimale de 840 mètres et une moyenne de 2000 mètres. Le vignoble peut donner de bons raisins sur certaines pentes bien orientées dans la partie sud du pays, à des altitudes inférieures à 1250 mètres. Historiquement, il est avéré qu’il y a plus de mille ans, les moines – ces moines vignerons qui apparaissent dans toute l’Europe, produisaient déjà du vin à Sant Julià de Lòria, la ville la plus méridionale d’Andorre.

La climatologie est directement sous influence méditerranéenne, avec des saisons typiques des régions productrices des vins classiques, dont l’été coïncide avec la saison sèche. Certes, le froid, la pluie et la neige atteignent Andorre beaucoup plus tôt que Barcelone ou Montpellier, et le printemps apparaît beaucoup plus tard, mais c’est un problème que les viticulteurs connaissent et résolvent en plantant des variétés de raisins à cycle court.

On a donc ce qu’il faut pour un pays viticole : les sols, le climat et l’histoire. Pourtant, jusqu’à récemment, il n’y avait pas de vin. Au siècle dernier, l’agriculture andorrane était dédiée à la culture du tabac, très rentable, favorisée par la Principauté, îlot de dutyfree entre la France et l’Espagne. Les pentes les plus abruptes, qui ne servaient pas au tabac, étaient laissées au pâturage, le travail de la vigne était considéré comme trop éprouvant. Au tournant du siècle, une poignée de pionniers décidèrent pourtant de consacrer leurs vie et fortune au vin.

Qu’il soit bon ou mauvais, le vin d’Andorre ne peut jamais être bon marché. Ces paysages accidentés, ces climats extrêmes entraînent forcément des prix élevés. Sans compter que les riches consommateurs locaux de la Principauté peuvent se permettre payer un peu plus d’authenticité. Par conséquent, Andorre est maintenant un pays avec une petite industrie viticole émergente haut de gamme. En tant que tel, il présente la diversité stimulante de ce qui est nouveau. Il n’y a que quatre maisons productrices, toutes petites, que n’ont rien en commun, sauf le fait qu’ils élaborent leurs vins avec leurs propres raisins.

Chaque vigneron montre dans ses vins davantage sa personnalité et ses rêves qu’un terroir encore méconnu. Borda Sabaté est le plus ancien et le plus important producteur, c’est aussi celui qui a consenti les investissements les plus impressionnants. Je n’avais jamais vu de chai aussi petit et aussi bien équipé que celui de Borda Sabaté. En outre, ses vignobles sont exemplaires, témoins d’un travail magnifique, en terrasses patiemment travaillées sur des grandes pentes dans un lieu avec un nom et une vue magnifiques, la Solà de la Muxella. Deux vins sont produits ici : un Riesling appelé Escol (frais, équilibré, direct et propre, à boire dans deux ou trois ans), et un vin rouge appelé Torb, un assemblage avec la variété suisse Cornalin et qui en est l’origine. Montagneux dans ses touches légèrement végétales et de fruits rouges et une acidité stimulante.

Casa Auvinyà fait moins de 4000 bouteilles et propose trois vins. Son blanc, un assemblage d’Albariño, de Pinot gris et de Viognier, a une belle définition aromatique, avec un goût final de pommes et d’agrumes. Des deux rouges, je préfère le Pinot noir, appelé Evoluciò, délicieux, ouvert, expressif, comme un jeune bourgogne-villages.

Celler Mas Berenguer est très particulier, un peu provocateur : l’un de ses vins s’appelle Cortò-Charlemagne et est, bien sûr, un Chardonnay fermenté en fûts. Leurs vins les plus réussis sont les vins mousseux. Le vignoble est très curieux, avec une couverture de terre de jardin.

Enfin, j’ai adoré le seul vin de Casa Beal, appelé Cim de Cel, un pur Gewürztraminer débordant de litchis et de rose au nez, avec l’acidité juste et une finale précise.

Quatre maisons, quatre styles, de nombreux vins, peu de bouteilles, peut-être 10.000 dans toute la Principauté. Un caprice pour le dégustateur occassionnel, une opportunité dont il faut profiter si l’on visite le pays. Peut-être une raison de plus pour y aller?

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